Campagne de démoustication 2020

Après une importante campagne de traitement en mars, nouvelles interventions sur le terrain pour l’équipe démoustication

Plusieurs communes nous ont indiqué la présence de moustiques qui piquent déjà depuis quelques semaines, malgré des traitements conséquents et plus précoces que les dernières années.

Un phénomène dépendant des conditions climatiques

Nos premières observations semblent indiquer que l’absence totale de froid pendant toute la période hivernale et les conditions excessivement douces de ce début mars ont favorisé une émergence très précoce des larves de moustiques hivernaux. Ces températures ont permis aux larves d’être actives pendant les mois d’hiver, période pendant laquelle elles connaissent habituellement un net ralentissement de leur métabolisme.  Cette précocité exceptionnelle, d’environ 3 semaines fut observée à toutes les étapes de leur cycle (développement larvaire, nymphose, émergence, accouplement et piqûre).

Autre conséquence de ces températures anormalement élevées : la présence d’espèces de moustiques que l’on retrouve habituellement plus tard dans la saison. Ces espèces, à la différence des espèces hivernales peuvent passer du stade larvaire au stade imago (insecte volant) en quelques jours si toutes les conditions, notamment la température de l’eau sont favorables. Ces espèces, généralement plus petites que les moustiques habituellement rencontrés à cette période, sont souvent plus agressives et plus mobiles (rayon de déplacement de 5 km à 10 km). On se retrouve ainsi dans une situation similaire aux crues de printemps, très propices au phénomène d’invasion.

Les espèces rencontrées à l’origine de la gêne

Afin de confirmer les éléments exposés, nous déployons actuellement des pièges à moustiques (Mosquito Magnet). Ces pièges sont mis en place sur les secteurs à problèmes. Après 48h de fonctionnement, les moustiques piégés sont comptabilisés et identifiés. Les espèces recensées sur les premiers pièges confirment bien une précocité importante du cycle.

Leur répartition observée dans les premiers pièges est présentée ci-contre. On remarque que 2 espèces sont responsables de 97% de la gêne ressentie. Ces espèces se différencient par leur taille : l’Aedes rusticus est l’un des plus gros moustiques, alors que l’Aedes sticticus est de toute petite taille.

Les Aedes rusticus et Aedes annulipes

Espèces principalement forestières, il s’agit de moustiques de printemps car les adultes s’envolent habituellement au début du mois d’avril et vivent pendant plusieurs mois. La période de piqure dure 3 semaines, habituellement des derniers jours d’avril à fin mai. Ces moustiques sont alors susceptibles de parcourir 1 à 2 kilomètres pour leur repas de sang. ils piquent aussi bien l’homme que d’autres espèces de mammifères. Les œufs de ces espèces éclosent dès novembre, suivi d’un hivernage des larves (ralentissement métabolique). L’émergence (passage de la larve à l’état adulte) a lieu en général à partir de fin mars.

On remarque cette année que l’émergence des larves a commencé dès la première quinzaine de mars, avec donc 3 semaines d’avance, impactant successivement la période d’accouplement puis de piqûres.

L’Aedes sticticus

L’Aedes sticticus dispose d’une capacité à se reproduire dans différents milieux, contrairement aux espèces précédentes. Également plus tardives, les larves ont besoin de chaleur pour se développer. Cette espèce émerge donc habituellement à partir de fin avril. Une même génération de moustiques provoque une gêne pendant environ 3 semaines. Cette espèce est cependant plus agressive que les espèces forestières pour plusieurs raisons :

  • Elle est capable de se développer dans beaucoup de milieux différents, et dans de grandes quantités (100 à 200 larves par litre d’eau), créant des phénomènes d’invasion,
  • Il s’agit d’une espèce multivoltine (capable d’avoir plusieurs générations par an),
  • Si les conditions climatiques et hydrologiques sont réunies, elle est capable de passer de l’éclosion des œufs à l’émergence en 5 à 7 jours, rendant extrêmement tenue la fenêtre d’intervention pour nos traitements,
  • Elle est capable de se déplacer sur 10 km autour de son lieu d’émergence.

Cette année, les conditions excessivement chaudes du mois de mars, combinées à de vastes surfaces inondées, ont permis le développement rapide et extrêmement précoce de cette espèce.

Les Aedes cinereus et Aedes geminus

Bien que très agressive envers l’homme, ces espèces sont très peu représentées (<2%). Elles jouent donc un faible rôle dans la gêne ressentie. Leurs larves se développent dans les cavités des arbres lorsque de l’eau stagne. Comme l’Aedes sticticus, elles sont capables de reproduire plusieurs générations par an.

Les actions mises en place par le SDDEA

Les équipes du SDDEA ayant constaté  la précocité des larves sur le terrain ont tenté d’apporter une réponse appropriée. Nous avions projeté d’anticiper la réalisation de la campagne de démoustication de 3 semaines par rapport aux autres années. Cependant, la crue de mars qui s’est prolongée jusqu’au 15 (pic de crue à Pont sur Seine le 15/03 avec un débit de 272 m3/s), nous a contraints à attendre au minimum une stabilisation des niveaux. En effet, du fait de la dilution du produit, des surfaces à traiter et des zones de remise en eau, un traitement en montée de crue est illusoire. Lorsque la décrue s’est amorcée, les conditions climatiques, notamment une période de vents forts, nous ont obligés à décaler les traitements aériens de 4 à 5 jours. À noter que l’épandage aérien est interdit pour des vents supérieurs à 19 km/h.

Au total, entre le 24 et le 31 mars, le SDDEA a traité 512 hectares de gîtes larvaires. Le produit utilisé pour le traitement des larves est le bacile de Thuringe. Il agit sur le tube digestif des larves, après ingestion. Les larves ne s’alimentant plus dans leurs derniers stades de croissance (stade 4 et nymphe), des traitements trop tardifs sont beaucoup moins efficaces. Ainsi, du fait des conditions climatiques et hydrologiques particulièrement compliquées cette année, ces traitements n’ont pas eu l’action souhaitée. À noter que seul le traitement des larves de moustique est possible. En effet, le produit utilisé pour les individus adultes est très peu sélectif (large rayon d’action), et impacterait l’ensemble de la biodiversité.

Nous pouvons cependant espérer que la précocité observée cette année aux différents stades du cycle des moustiques, permettra de limiter la gêne dans le temps. Nous comptons sur une diminution de la pression dans les jours à venir. En parallèle, nous organisons actuellement une tournée des gîtes qui auraient été remis en eau après les pluies du 11 mai et procédons à des compléments de traitement ponctuellement quand un développement larvaire conséquent est observé.

Au-delà de simplement identifier les espèces gênantes et de comprendre le phénomène, les pièges à moustiques visent surtout à améliorer notre action. Le développement de chacune des espèces diffère en fonction des facteurs environnants tels que la température, l’écosystème (milieux ouverts, fermés, eaux permanentes, eaux temporaires) … La pose des pièges vise ainsi à améliorer nos connaissances sur les espèces présentes et la pression qu’elles peuvent exercer. Nous serons de ce fait, en mesure de mieux appréhender leur comportement et leurs zones de développement, et ainsi améliorer l’efficacité de notre action d’année en année en ciblant mieux les points de développement et les périodes d’intervention.

Par ailleurs, l’accélération de certains cycles nous encourage également à poursuivre nos travaux sur la mise en place d’un plan d’actions préventives s’intéressant à réduire la productivité des gîtes par une modification de leur fonctionnement : rétablissement de continuité hydrologique, rééquilibrage de la chaîne alimentaire du site, etc. Il est prévu de mener les premiers aménagements dans le courant de l’année 2020.